Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /Fév /2007 13:30

Repas de Thanksgiving, toute une famille se réunie, la caméra tourne dans l’assistance, voix off :

« Dieu qu'elle est belle... Dieu qu'elle est belle. Ses yeux sont si jolis. Elle est attirante dans ce pull. Je voudrais la serrer contre moi, l'embrasser, lui dire combien je l'aime et prendre soin d'elle. Arrête. C'est la sœur de ta femme. »

D‘entrée le thème est lancé : Elliot, marié à Hannah est amoureux de la sœur de cette dernière ; Lee. Amour problématique, pulsions sauvages, Elliot, Hannah et sa sœur. La caméra tourne autour du trio, le trio devient multiple : les sœurs, la famille, leurs connaissances, leurs proches, passé/présent/futur.

Le microcosme s’élargit, et on découvre au fur et à mesure des vies partagées, croisées, coupées nettes ou en suspension : comme une grande toile aux lignes sinueuses : un ex mari hypocondriaque qui ne sait s’il a ou non une tumeur au cerveau, un compagnon artiste misanthrope, deux sœurs qui se « battent » pour un homme, une sœur qui se cherche, une mère qui veut jouer les belles…



Avec une finesse et une maîtrise incroyable, Woody Allen nous fait entrer dans l’intimité d’êtres qui, quelque soient leurs situations, se débattent dans la vie : moments d’enthousiasme, de détresse, la vie, son sens ? l’amour…

Les tableaux s’emboîtent les uns aux autres, les petit rien deviennent des tout, un grand tout, des existences…Allen nous embarque dans ce monde : on bifurque, on s’éloigne, on se rejoint, on s’enlace, on se sépare. Vous vous rappelez la chanson de Jeanne Moreau Le Tourbillon de la vie ?

« On s'est connus, on s'est reconnus.
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue
On s'est retrouvés, on s'est séparés.
Dans le tourbillon de la vie »


Hannah et ses sœurs c’est ça, un grand tourbillon où la vie tourne plus qu’une caméra. C’est magnifique, « Simply Beautiful » pour reprendre la chanson d’Al Green. On rit sous le coups des situations burlesques ou des dialogues jouissifs typiquement « Allenien » :

« Des millions de livres ont été écrits par tous ces grands intellectuels, mais pas un n'en sait plus que moi sur les grandes questions de la vie. J'ai lu Socrate. Ce type se faisait des petits Grecs. Comment peut-il m'aider? Et Nietzsche, avec sa théorie sur la récurrence éternelle. Il a écrit qu'on revivrait sans cesse notre vie, de la même façon, pour l'éternité. Je vais devoir me refarcir les mêmes émissions débiles. C'est vraiment nul. »

Mais loin de se cantonner à la simple comédie ; le film nous renvoie à nos propres errances existentielles et personnelles : on s’y retrouve autant qu’on a envie de s’y perdre. A la fois, collée à son auteur, Woody Allen, et ouvert à tous. En se mettant à nu, il nous met nous même à poil. Finalement, Hannah et ses sœurs, c’est un grand camp nudiste de l’âme. Merde, comment on fait maintenant pour jouer au strip poker ?

Petit florilège Woody Allen


Glisser sur des Bananas

Par etienne - Publié dans : inclassable (ice cream)
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Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /Fév /2007 10:20

Même 3 ans après, je l’ai toujours en travers de la gorge : comment a-t-on pu donner une palme d’or à ce truc ? Qu’on la donne à Chan-Wook Park pour Old Boy, à Wonk Kar-Wai pour 2047, à n’importe qui, mais pas à Michael Moore, pas pour un pseudo-documentaire à ce point détestable, démago et ridicule.

Pourtant, je n’avais rien contre Moore au début : j’avais bien aimé Roger Et Moi où il parlait du rapport entre la General Motors et Flint, sa ville natale. Mais à partir de Bowling For Columbine, nan vraiment, plus possible, comme si Karl Zéro était devenu américain en xxl.

En 2003, campagne électorale U.S. oblige, il voulut frapper un grand coup. Son nouveau cheval de bataille fut donc une croisade anti-bush : le grand chevalier blanc allait dire aux masses désinformées la grande vérité qu’on nous cache.



La cause était juste, vous me direz, c’est vrai dans un sens, mais de l’autre que dire de la manière ? Et c’est ça qui me dérange le plus, qui me fout la gerbe dans Fahrenheit 9/11, la manière dont Moore présente les choses.

Rien à dire lorsqu’il revient sur l’élection de Bush face à Al Gore, ça c’est l’intro, et ça fait jamais de mal, mais par la suite, ça devient du grand n’importe quoi. Les thèmes abordés sont plus qu’intéressants : les liens entre Bush et la famille Ben Laden, entre la Maison Blanche et l’Arabie Saoudite, la course à l’armement et ses bénéfices, la Guerre en Irak…

L’ennui, c’est que Moore établit des liens dans la forme, mais pas dans le fond, il colle tout bout à bout, passe du coq à l’âne sans la moindre analyse, parallèles douteuses, raccourcis en tout genre, populisme primaire, tout se mélange sans le moindre discernement. Pourquoi s’embarrasser de détail, c’est un documentaire à charge ?



Et bien justement, au final, Fahrenheit 9/11 n’est pas crédible, et heureusement dans un sens. Pour moi, c’est la pire manière d’aborder la politique, une manière racoleuse, manipulatrice, et j’en passe. On simplifie tout, on met tout sur le même plan, on secoue, et puis ce qui compte c’est qu’il y’ait une réaction.

Ah oui c’est utile ? Pour qui ? Dominique Wolton disait qu’à travers les programmes que l’on propose, ce qui transparaît également c’est l’image que l’on se fait du spectateur. En ce sens, je trouve que Fahrenheit 9/11 est rabaissant pour les gens qui le regardent mais aussi pour les sujets abordés.

J’ai l’impression d’être un vieux réac en disant tout ça, mais vraiment je ne supporte pas cette démarche, c’est épidermique.

On va finir par une phrase que j’ai souvent entendu lorsque je m’en prenais à ce documentaire : « la fin justifie les moyens ». Alors, à la fin, Bush a été réélu dans un fauteuil et Fahrenheit 9/11 a rapporté 220 millions de dollars. On a qu’à dire que tout le monde est content.

Par etienne - Publié dans : documentaire (milk shake)
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /Jan /2007 11:11

Stallone et Rocky, c’est une longue histoire, une histoire croisée, une histoire naïve, mais une histoire sincère. C’est l’histoire d’un ptit gars qui avait un scénario sous le coude qu’il rêvait de porter à l’écran : l’histoire d’un boxeur qui voulait exister, se trouver lui-même sans baisser la tête.

Une belle innocence…un double… Stallone et Rocky, le même combat, indivisible, à tel point que l’acteur ne réussit jamais à s’en démarquer. Il y’eut pourtant Copland, beau film, où Sly montrait qu’il pouvait être autre chose, mais non, à croire que personne ne voulait le voir autrement qu’en Rocky, c’est bien dommage.

Alors aujourd’hui, Stallone remet une énième fois les gants. Là tout de suite, on est pris entre 2 réactions : a quoi bon et pourquoi pas ? La trame de ce come back ?
Pas compliqué c’est dans le teaser : que se passerait-il si deux champions de générations différentes s’affrontaient ?



A ma gauche, Rocky Balboa, la soixante, retraité, vivant entourée de fantômes, ceux de ses amours passées : sa femme, sa boxe.

A ma droite, Mason « The Line » Dixon, champion du monde actuel qui gagne tout à tel point que personne ne l’aime.

L’histoire est pétée de partout, ça c’est certain, mais Stallone en est pleinement conscient, et il s’en amuse même. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs plats ? Ouais non, c’est bien balisé tout ça, du Rocky pur souche, les codes sont bien en places, le punch en moins.

Rocky, éternel outsider : la chute, l’entraînement et la résurrection ponctué par le tube de Bill Conti : « Gonna Fly Now ».



Oui, ce film a quelque chose de pathétique, de ridicule même et pourtant une émotion poignante en ressort. Celle d’un homme, Rocky/Stallone, qui ne veut pas quitter la scène, car s’il la quitte, il est mort. Même usé jusqu’à la corde, il veut y’aller, il faut y’aller.

Ce ring, ce film, c’est sa vie, mais autour, il y’a le fric. Des personnes bien attentionnées qui savent exploiter et faire fructifier les passions en million de dollars. Les revivals, la nostalgie, c’est bien, c’est rentable, il y’aura toujours des spectateurs.

On est en plein là dedans, la culture best of, pas en manque d’idées, mais en manque de gens pour les faire vivre : pas de prise de risque, on capitalise, on fructifie. Stallone le sait, il s’en fout, il est bien dans le costume de Rocky, c’est le sien, et c’est cool.

Par etienne - Publié dans : à caractère sportif (barre chocolatée)
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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /Jan /2007 11:28

Voilà un film qui me tient à cœur, un film que j’aime. 1er Spike Lee vu, qu’est ce que c’était bon, l’année c’est 91, les posters de Magic Johnson dans la chambre, ça commençait à groover dans le poste et au niveau de l’entrejambe. Mais en le revoyant aujourd’hui, Jungle Fever ce n’est pas simplement de la nostalgie, c’est le Spike Lee que j’aime, c’est le cinéma comme je l’aime aussi.

Action.

Flipper (Wesley Snipes, pas le dauphin) semble avoir une vie plutôt cool : une femme, une fille, un bon job : architecte, comme il le dit lui même « marié et comblé ». Quand, une vie est trop bien huilée, un grain de sable fait souvent tout dérailler…et ce grain de sable, ce sera sa nouvelle secrétaire : Angie Tucci (Annabella Sciorra).

A force de rester tard au boulot ensemble, ils vont se rapprocher très près l’un de l’autre, façon collé serré sur une table. Attirance, attirance… l’ennui, qui ne devrait pas en être un, c’est que Flipper fait partie de la communauté afro-américaine, Angie de celle italo-américaine.



A partir de là, tout va exploser.
Les aprioris camouflés derrière une certaine tradition communautariste surgissent comme une main forte sur la gorge. C’est « chacun chez soi et on se mélange pas », pourquoi ? on ne le sait plus très bien, c’est juste comme ça. D’autant que la société elle même semble dire : « un noir, une blanche, ça ne se fait pas ». Mais où est l’amour dans tout ça ? Où est l’amour ?

Des gens qui vivent dans un même endroit, mais qui se tournent le dos sous de faux prétextes alors qu’ils sont, au fond, beaucoup plus semblables qu’ils ne veulent bien le reconnaître. C’est tellement con et absurde à la fois.

Spike Lee décrit cet état de fait avec énormément de talent et de finesse. Le monsieur sait être un conteur extraordinaire quant il s’en donne la peine, j’insiste sur le mot conteur. Ce qui est dingue, c’est que d’entrée, il n’essaie pas de faire du pseudo-réalisme, non on sait qu’il nous raconte une histoire.

 


Il se sert des codes du cinéma, des clichés liés à chaque communauté pour servir son propos, sans jamais être moralisateur, ni tomber dans la caricature. Il enrobe son histoire derrière une apparente légèreté, propre au cinéma, mais comme il vise juste, appuie là où sa fait mal, ça touche d’autant plus.

Vous rajoutez à ce fond, un casting « voiture de sport » : outre Wesley Snipes et Annabella Sciorra, viennent s’ ajouter : Samuel L Jackson, Anthony Quinn, John Turturro, Halle Berry, et la mise en forme roule toute seule.

Chronique de l’intolérance quotidienne, conte sur la stupidité, histoire d’un amour impossible, Jungle Fever, c’est tout ça, et bien plus encore, une œuvre, qui loin d’avoir vieillit, reste d’une criante actualité : fiévreuse et sauvage.

Par etienne - Publié dans : romantique (barbe à papa)
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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /Jan /2007 07:58

Saga mafieuse made in Hong Kong oblige, les deux volets d’Election ont de la gueule, ça c’est certain. Ca en jette, Johnnie To semble nous dire : « tiens tu vas le bouffer mon grand film, mange, mange…

- Attends vieux, depuis les fêtes, j’ai l’estomac fragile.
- Mais non, c’est pas tout les jours que tu peux mater un chef d’œuvre, et là c’est les soldes, alors je te fais un prix : 2 chefs d’œuvres pour le prix d’un, comme Wu Tang Forever, comme Kill Bill, franchement paie cash…
- Euh Johnnie, Wu Tang Forever et Kill Bill, ça beau être double, ça me rend pas le cerveau tout dur. Mais, comme t’as l’air sympa je vais aller la voir ta saga.
- C’est bien gamin »



Election donc.
Comme le veut la tradition, La Triade Wo Shing doit élire un nouveau boss, et forcément c’est un bordel complet. Mais le gros bordel, genre si tu lèves la main pour demander à aller aux toilettes, on te coupe la jambe.

Bref, rivalités, duel d’adversaires, intrigues de cour, manipulations, éliminations, la quête du pouvoir en grande sanglante. Y’a bien des traditions, un code de l’honneur, mais les candidats s’assoient dessus comme aux chiottes.

Ce n’est pas l’époque qui a changé, mais le temps qui les a bouffé, parce qu’au fond, les traditions n’étaient que des barrages à la cupidité et à l’ambition. Et lorsque le barrage cède, et il cède toujours, il ne reste plus que des affamés.



Guerre de succession à couteaux tirés quoi, scénario qui se veut complexe alors qu’au fond c’est assez basique : « je veux devenir le calife à la place du calife». Nan, je suis méchant, parce que Johnnie To filme tout ça très bien.

Il l’aime bien son histoire et il prend du plaisir à la raconter, ça se voit mais forcément y’a un petit air de déjà vu Outre Atlantique, la saga du Parrain (« Laisse le flingue, prends les cannellonis »), les Scorsese, les De Palma, enfin ce genre de trucs…

L’univers de la mafia comme reflet politique, plus capitaliste que Wall Street, les aspirations individuelles qui se heurtent au système, j’ai envie de dire c’est presque la routine d’un genre passéiste. En soit, c’est toujours plaisant de se replonger là dedans, un peu comme les photos de classe, ça rappelle des bons souvenirs même si on est passé à autre chose.



En plus, comme je le disais plus haut, c’est bien fait : style épuré, contemplatif, violence sèche, un peu de mélange des genres (enfin surtout dans le 1er volet avec la recherche du sceptre symbolisant le pouvoir), des scènes fortes par ci par là.

To montre avec brio l’absurdité d’un système qui malgré n’importe quel lifting restera toujours le même : le visage aux yeux de profit.

Mais au final, toute brillante qu’elle soit, la saga Election ne décolle pas. il manque l’envolée émotionnelle qui te retourne le crâne, le relief, la densité qui fait que le film explose et devient autre chose que du cinoche.

Comme Lactel, c’est pas loin d’être l’essentiel tout ça quand même…

Par etienne - Publié dans : thriller/film noir/suspense (nougat)
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