Partager l'article ! Hannah et ses soeurs: Repas de Thanksgiving, toute une famille se réunie, la caméra tourne dans l’assistance, voix off : « ...

Repas de Thanksgiving, toute une famille se réunie, la caméra tourne dans l’assistance, voix off :
« Dieu qu'elle est belle... Dieu qu'elle est belle. Ses yeux sont si jolis. Elle est attirante dans ce pull. Je voudrais la serrer contre moi, l'embrasser, lui dire combien je l'aime et prendre soin d'elle. Arrête. C'est la sœur de ta femme. »
D‘entrée le thème est lancé : Elliot, marié à Hannah est amoureux de la sœur de cette dernière ; Lee. Amour problématique, pulsions sauvages, Elliot, Hannah et sa sœur. La caméra tourne autour du trio, le trio devient multiple : les sœurs, la famille, leurs connaissances, leurs proches, passé/présent/futur.
Le microcosme s’élargit, et on découvre au fur et à mesure des vies partagées, croisées, coupées nettes ou en suspension : comme une grande toile aux lignes sinueuses : un ex mari hypocondriaque qui ne sait s’il a ou non une tumeur au cerveau, un compagnon artiste misanthrope, deux sœurs qui se « battent » pour un homme, une sœur qui se cherche, une mère qui veut jouer les belles…
Avec une finesse et une maîtrise incroyable, Woody Allen nous fait entrer dans l’intimité d’êtres qui, quelque soient leurs situations, se débattent dans la vie : moments d’enthousiasme, de détresse, la vie, son sens ? l’amour…
Les tableaux s’emboîtent les uns aux autres, les petit rien deviennent des tout, un grand tout, des existences…Allen nous embarque dans ce monde : on bifurque, on s’éloigne, on se rejoint, on s’enlace, on se sépare. Vous vous rappelez la chanson de Jeanne Moreau Le Tourbillon de la vie ?
« On s'est connus, on s'est reconnus.
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue
On s'est retrouvés, on s'est séparés.
Dans le tourbillon de la vie »
Hannah et ses sœurs c’est ça, un grand tourbillon où la vie tourne plus qu’une caméra. C’est magnifique, « Simply Beautiful » pour reprendre la chanson d’Al Green. On rit sous le coups des situations burlesques ou des dialogues jouissifs typiquement « Allenien » :
« Des millions de livres ont été écrits par tous ces grands intellectuels, mais pas un n'en sait plus que moi sur les grandes questions de la vie. J'ai lu Socrate. Ce type se faisait des petits Grecs. Comment peut-il m'aider? Et Nietzsche, avec sa théorie sur la récurrence éternelle. Il a écrit qu'on revivrait sans cesse notre vie, de la même façon, pour l'éternité. Je vais devoir me refarcir les mêmes émissions débiles. C'est vraiment nul. »
Mais loin de se cantonner à la simple comédie ; le film nous renvoie à nos propres errances existentielles et personnelles : on s’y retrouve autant qu’on a envie de s’y perdre. A la fois, collée à son auteur, Woody Allen, et ouvert à tous. En se mettant à nu, il nous met nous même à poil. Finalement, Hannah et ses sœurs, c’est un grand camp nudiste de l’âme. Merde, comment on fait maintenant pour jouer au strip poker ?
Petit florilège Woody Allen
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