Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /Fév /2007 13:32

Idlewild, c’est la triste histoire d’un flop incompréhensible qui dans un monde parfait n’existerait pas. On pourrait croire pourtant que lorsqu’un groupe du calibre d’OutKast émet le souhait de se lancer dans le cinéma, les portes soient grandes ouvertes. Et bien non, budget et délai serré pour le film et sa b.o. (voir là-bas), distribution calamiteuse, merde toute le monde s’en fout ou quoi ? Au vu du film, c’est plus qu’injuste…

1935, une bourgade de Georgie : Idlewild, un club, 2 hommes : Percival (André 3000) et Rooster (Big Boi).
Percival mène difficilement une double vie : croque mort au sein de l’entreprise familiale le jour, pianiste au club le soir. La pression familiale assez claustrophobique d’un côté, la musique libératrice de l’autre, au centre, le temps qui peut pencher son équilibre tantôt vers le vie, tantôt vers la mort.


« La peur du temps, la peur des horloges, quel est le coût de la vie ? Il reste peu de temps, je te veux maintenant. Je n’ai pas le temps, laisse-moi seul. Vous savez de quoi je parle ? La chronomentrophobie. »



Quant à son ami : Rooster, lui aussi, est tiraillé entre 2 pôles : sa femme, ses enfants, et les strass paillettes du show-business. Lorsque, par un concours de circonstances crapuleuses, il se retrouve à la tête du club, ses choix et ses responsabilités vont être dur à assumer.

« Chaussures de crocodile aux pieds
Fourrure de renard sur le dos
Nœud papillon au cou
C'est pour ça qu'on m'appelle
Le mac en Cadillac »

Chacun cherche son rôle à jouer sur la scène et dans les coulisses, la vie est-elle un jeu ? Peut être pas, mais au fond ce qui importe c’est de jouer vrai.



Esthétiquement, Idlewild est un film classe, voire sublime. Les passages musicaux sont superbes, ça groove grave sur des chorégraphies endiablées. Mais surtout la touche OutKast parcourt tout le long du film. Le choix de Bryan Barber à la réalisation a été plus que judicieux. Le bonhomme les connaît bien, il a réalisé leurs clips et il passe sans problème au long format.

Oui la touche OutKast, ce truc à part, où la moindre chose, même déjà vu/entendu ailleurs, sonne différent, sonne OutKast, ce pont entre tradition et innovation, entre héritage collectif et création personnelle : de l’orfèvrerie alien.

Idlewild ne nourrit aucun rapport avec le rap à proprement parler. OutKast s’en éloigne une fois de plus en prenant un cadre rhythm & blues, mais là encore, ils contournent le sujet. Certes la musique est au centre du film, mais Bryan Barber regarde surtout derrière le rideau.



Derrière la musique, du côté des gens qui la font, qui vivent leurs histoires parallèles : leurs amours, leurs emmerdes, leurs vies de tout les jours, bien loin du fantasme que l’on peut s’en faire.

Comme dans leurs musiques, il n’y a ici aucune facilité, les genres se mélangent avec justesse, on bascule avec bonheur dans leur univers à part, on bouge la tête, on est ébloui par la classe des costumes, ému par le sens de l’histoire, vraiment OutKast et la médiocrité, ça ne peut pas aller ensemble.

Ils ont choisi de faire un vrai film original, qui bien qu’en apparence différent de tout ce qu’ils ont pu faire auparavant, leur ressemble parfaitement. 1000 fois bravo messieurs ! Ca va être chaud de le voir en salle, mais que vous soyez sensible ou non à leur musique, prenez à tout hasard une grosse option sur le dvd, ça vaut vraiment le coup.

« Dieu ne fait pas d'erreurs.
L'eau coule sur le dos d'un canard. »

Par etienne - Publié dans : inclassable (ice cream)
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