Samedi 17 février 2007 6 17 /02 /Fév /2007 11:44

Noir et blanc, le gris, une chambre miteuse, des hommes étalées de ci de là, ensemble mais seul, profondément seul, à l’affût, des musiciens jouent quelques accords, en attente, lente, nécessaire, insoutenable.

Comme un magicien sort un lapin de son chapeau, un réalisateur entre dans le champ. C’est l’étranger, le voyeur, nous même peut être, fasciné et dégoûté à la fois. Filmé des drogués, vouloir les mettre en scène. Pourquoi ? C’est un bon sujet sans doute.

Documentaire et fiction, les deux aspects se muent l’un dans l’autre : qui regarde qui ? Etrange jeu de miroir, malaise et tension. Le réel et le fantasme, la réalité d’une souffrance, la poudre aux yeux d’une attitude, entre les deux : la solitude commune, aucun truquage, aucun mensonge.



Ces drogués nous ressemblent ? ce même vide ? ces mêmes déambulations ? ce même désespoir air du temps ? Tous connectés en lien manquant ? Peut être mais le messie arrive, vêtu de blanc des pieds à la tête, le baptême, la cérémonie, l’un après l’autre tendent les bras, veines offertes. Une vieille femme crie « You’re not alone, you’re not alone. »

Et elle repart, chacun sa religion, chacun son crucifix. Flash, repos livide, blafard, les fidèles communient chacun dans leur coin, comateux sur ecchymoses. Se joindre au groupe, en faire partie, n’être plus seulement l’œil mais le cœur, oui en plein cœur de l’action. Le réalisateur veut suer jusqu’au sang.

Malheur l’un des initiés n’a pas eu l’illumination, il peste, se met en rogne, il veut voir, pas d’arnaques, pourquoi serait-il tenu à l’écart du cercle ? Pourquoi l’accès lui serait refusé ? Aucunes raisons, un seul moyen, y retourner, mais cette fois ci sans passer la porte.



Non cette fois-ci, ce sera en pleine lumière, aux yeux de tous, la pudeur n’existe plus. La superficie de la pièce se rétrécit encore et encore, comme un écartèlement des murs, et lorsque la pression se fait trop forte, lorsque tout explose, un seul mouvement : sortir.

La photo de Charlie Parker restera suspendue dans un coin. Les oiseaux ne parviennent pas toujours à s’envoler…

Par etienne - Publié dans : inclassable (ice cream)
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