Même 3 ans après, je l’ai toujours en travers de la gorge : comment a-t-on pu donner une palme d’or à ce truc ? Qu’on la donne à Chan-Wook Park pour Old Boy, à Wonk Kar-Wai pour 2047, à n’importe qui, mais pas à Michael Moore, pas pour un pseudo-documentaire à ce point détestable, démago et ridicule.
Pourtant, je n’avais rien contre Moore au début : j’avais bien aimé Roger Et Moi où il parlait du rapport entre la General Motors et Flint, sa ville natale. Mais à partir de Bowling For Columbine, nan vraiment, plus possible, comme si Karl Zéro était devenu américain en xxl.
En 2003, campagne électorale U.S. oblige, il voulut frapper un grand coup. Son nouveau cheval de bataille fut donc une croisade anti-bush : le grand chevalier blanc allait dire aux masses désinformées la grande vérité qu’on nous cache.
La cause était juste, vous me direz, c’est vrai dans un sens, mais de l’autre que dire de la manière ? Et c’est ça qui me dérange le plus, qui me fout la gerbe dans Fahrenheit 9/11, la manière dont Moore présente les choses.
Rien à dire lorsqu’il revient sur l’élection de Bush face à Al Gore, ça c’est l’intro, et ça fait jamais de mal, mais par la suite, ça devient du grand n’importe quoi. Les thèmes abordés sont plus qu’intéressants : les liens entre Bush et la famille Ben Laden, entre la Maison Blanche et l’Arabie Saoudite, la course à l’armement et ses bénéfices, la Guerre en Irak…
L’ennui, c’est que Moore établit des liens dans la forme, mais pas dans le fond, il colle tout bout à bout, passe du coq à l’âne sans la moindre analyse, parallèles douteuses, raccourcis en tout genre, populisme primaire, tout se mélange sans le moindre discernement. Pourquoi s’embarrasser de détail, c’est un documentaire à charge ?
Et bien justement, au final, Fahrenheit 9/11 n’est pas crédible, et heureusement dans un sens. Pour moi, c’est la pire manière d’aborder la politique, une manière racoleuse, manipulatrice, et j’en passe. On simplifie tout, on met tout sur le même plan, on secoue, et puis ce qui compte c’est qu’il y’ait une réaction.
Ah oui c’est utile ? Pour qui ? Dominique Wolton disait qu’à travers les programmes que l’on propose, ce qui transparaît également c’est l’image que l’on se fait du spectateur. En ce sens, je trouve que Fahrenheit 9/11 est rabaissant pour les gens qui le regardent mais aussi pour les sujets abordés.
J’ai l’impression d’être un vieux réac en disant tout ça, mais vraiment je ne supporte pas cette démarche, c’est épidermique.
On va finir par une phrase que j’ai souvent entendu lorsque je m’en prenais à ce documentaire : « la fin justifie les moyens ». Alors, à la fin, Bush a été réélu dans un fauteuil et Fahrenheit 9/11 a rapporté 220 millions de dollars. On a qu’à dire que tout le monde est content.
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